Culte de la crypte : Carnival of Souls

À une époque où la série B parvenait à se frayer une place de choix dans le circuit des ciné-parcs, plusieurs titres faisaient néanmoins pâles figures au box-office, les condamnant souvent à l’oubli. Ce fut notamment le cas de CARNIVAL OF SOULS, qui plus tard parvenait tout de même à obtenir le statut de film culte, grâce en autres aux rediffusions de fin de soirée à la télé.

Réalisé par Herk Harvey et scénarisé par John Clifford, CARNIVAL OF SOULS est un drame d’épouvante faisant état d’événements étranges que vit la jeune organiste Mary Henry (Candace Hilligoss), suite à un tragique accident de voiture. Troublée, l’unique survivante de ce drame accepte un poste dans une église d’une petite ville. Affublée d’inquiétantes visions d’un homme qui la hante, elle se sent attirée vers un carnaval abandonné aux abords de la ville.

Souvent définit comme étant l’équivalent d’un long épisode du Twilight Zone, le film, qui célébrera ses cinquante années d’existence, aurait notamment été cité comme oeuvre influente par David Lynch et George A. Romero. Un petit velours non négligeable qui contribue a perpétuer un certain engouement pour le film. On retrouve d’ailleurs chez ses deux réalisateurs des éléments à l’intérieur de leur propre cinématographie ramenant directement à CARNIVAL OF SOULS. Les zombies de Romero dans Night of the Living Dead ressemblent drôlement aux revenants de la pellicule de Herk Harvey.

 

1. Une revenante dans Carnival of Souls      2. L’enfant mort-vivant de Night of The Living Dead

Quant à Lynch, on retrouve dans Mulholland Dr. cette séquence où une femme, quelque peu désorientée suite à un accident de voiture, se met à marcher vers la ville en titubant, à l’image de la scène d’ouverture du métrage de 1962. Certains observent d’autres parallèles entre ces oeuvres. Des interprétations discutables à mon sens, mais défendables.

 

1. Candace Hilligoss sortant de l’eau après l’accident  2. Laura Harring suite à l’accident de voiture dans Mulholland Dr.

Puisque nous sommes dans les citations et influences, on peut également supposer que Psycho a marqué l’imaginaire de Harvey (voir images ci-bas). Mais la véritable source d’inspiration de ce dernier est l’inquiétant site abandonné du Saltair Amusement Park (aujourd’hui devenu le Salt Palace) de Salt Lake City. L’endroit aura servi de décor à l’inquiétante conclusion où l’on peut voir les revenants entreprendre leur désormais célèbre danse macabre.


1. Janet Leigh dans Psycho              2. Candace Hilligoss dans Carnival of Souls

Lors de sa sortie aux États-Unis, les copies du film ne possédaient pas de protection établie par un copyright. Une omission reléguant aussitôt l’oeuvre au domaine public. Cela explique la multitude de versions du film que l’on peut retrouver sur le marché. Bien souvent, ces éditions se dénichent à prix modiques, mais la qualité de copie et de transfert sont misérables. Le film est aussi diffusé via diverses plateformes sur le web, mais l’édition Criterion, quoi que dispendieuse, offre une restauration digne de mention, et le film est présenté en deux versions : celle d’un durée de 78 minutes projetée en salles à l’époque et un montage du réalisateur qui fait 85 minutes au total.

Loin d’être parfait, le long métrage est truffé d’erreurs de post-synchro, met en scène des acteurs plus ou moins convaincants et la trame sonore, parfois inquiétante et entièrement écrite pour orgue, est globalement d’un kitsch abyssal en ce qui me concerne. CARNIVAL OF SOULS possède cependant un je-ne-sais-quoi qui, bizarrement, rend l’oeuvre incontournable. Peut-être est-ce parce que les intentions de l’équipe de production étaient «de livrer un style visuel à la Bergman et de créer une atmosphère digne d’un Cocteau».

Quelques faits :

- C’est le producteur et réalisateur Herk Harvey qui incarne le personnage nommé The Man, cet homme inquiétant que Mary Henry semble la seule à voir.
- L’agent de Candace Hilligoss a choisi de ne plus représenter l’actrice suite au visionnement de CARNIVAL OF SOULS.
- Un remake est apparu en 1998. La mise en marché du film misait sur l’énoncé «Wes Craven presents», mais cela n’a pas empêché cette relecture (qui n’a que très peu à voir avec l’original) d’être boudé par les amateurs du genre.

Sources : Criterion, IMDB, Wikipedia



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A propos

Fondateur et rédacteur en chef du Sinistre Magazine. Critique et blogueur cinéma pour Voir et Ztele. Critique musical pour Bande à part et Boulevard Brutal. Ex-musicen métalcoolique.

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